Par Jean-Pierre Niyitanga
La possibilité de créer et de rejoindre des réseaux sociaux et communautaires est l’une des caractéristiques d’une communauté accueillante. Pour les nouveaux arrivants, ces réseaux font bien plus que faciliter le parcours d’établissement : ils favorisent un sentiment d’appartenance et contribuent au bien-être mental, social et physique. Ils sont particulièrement importants pour les aînés, qui peuvent éprouver de la solitude et de l’isolement à mesure qu’ils vieillissent, notamment après la retraite, la perte d’un conjoint ou lorsque leurs enfants deviennent autonomes.
Créer ces occasions ne nécessite pas toujours une initiative de grande envergure. Parfois, tout commence par une seule personne qui identifie un besoin et qui collabore avec un organisme pour y répondre. C’est exactement ce qui s’est produit au Centre catholique pour les immigrants (CCI), où la conseillère en établissement Afarin Beglari a lancé ce qui allait devenir le Programme pour les aînés persanophones du CCI.

Après avoir travaillé pendant des décennies comme conseillère en intégration, Mme Afarin a constaté que de nombreux immigrants âgés avaient de la difficulté à apprendre l’anglais, ce qui rendait difficile l’établissement de liens sociaux et entraînait un sentiment d’isolement chez bon nombre d’entre eux. S’appuyant sur son expérience en tant que conseillère en intégration au CCI, elle a mis sur pied une rencontre hebdomadaire qui est devenue le Programme pour aînés persanophones du CCI. Ce programme offre aux participants un lieu où socialiser dans leur propre langue, maintenir des liens culturels, se faire de nouveaux amis et découvrir les ressources communautaires susceptibles d’améliorer leur qualité de vie.
Un programme qui renforce le sentiment d’appartenance
Tous les mercredis après-midi, le CCI accueille des aînés qui parlent le persan dans le cadre de son programme destiné aux aînés persanophones. En fixant la rencontre au mercredi, le programme élimine l’un des obstacles auxquels de nombreux participants sont confrontés : les aînés peuvent en effet utiliser le transport en commun gratuitement ce jour-là.
De nature sociable, Afarin a toujours aimé rassembler les gens et fera tout son possible pour assurer une participation maximale. Elle souhaite que les participants restent informés des événements, des services et des activités communautaires susceptibles de les aider à s’impliquer davantage dans leur nouveau milieu de vie.
Au cours des deux dernières décennies, ce qui n’était au départ que l’initiative d’une seule femme s’est transformé en une communauté dynamique où les participants tissent des liens, partagent leurs expériences et se soutiennent mutuellement. Le choix du mercredi était délibéré, car les aînés peuvent alors utiliser le transport en commun gratuitement.
Bien plus qu’un simple rassemblement hebdomadaire
Le programme a accueilli plus de 130 aînés et est devenu bien plus qu’une simple rencontre sociale hebdomadaire. Chaque séance propose des activités telles que le chant, des blagues, des jeux de réflexion, de la danse iranienne, des conférenciers invités et des lectures en groupe. Plus important encore, il offre quelque chose que de nombreux participants disent avoir du mal à trouver ailleurs : le sentiment de passer un après-midi entre amis et en famille. C’est un lieu où chacun se sent accueilli, valorisé et intégré.

Grâce au programme pour les aînés persanophones de CCI, les participants nouent des liens d’amitié, ont accès à de l’information fiable et renforcent leurs liens avec leur communauté.
Pour Hadi M. Poor, 77 ans, le programme est l’occasion de parler sa langue, de renouer avec sa culture et de passer du temps avec des personnes qui partagent des expériences semblables. Depuis qu’il s’est joint au groupe il y a 18 mois, il a également bénéficié de présentations sur des sujets pratiques tels que la gestion des médicaments, l’utilisation de l’ordinateur, les services bancaires, l’ouverture de comptes et la prévention de la fraude.
« Nous apprenons beaucoup de choses grâce à ce programme. Ils invitent des personnes à venir nous parler, et nous découvrons des choses que nous ne connaissions pas auparavant », explique Hadi.
Pour Ali Gannad, 81 ans, le programme est bien plus qu’un lieu de socialisation : c’est aussi une occasion de redonner à la communauté. Après avoir immigré d’Iran il y a une quinzaine d’années, il a fait carrière en travaillant en première ligne dans les services d’établissement avant de prendre sa retraite. Ayant lui-même vécu les défis liés à l’installation dans un nouveau pays, il met aujourd’hui son expérience au service des autres en leur offrant des conseils sur la recherche de logement, la recherche d’emploi, le bénévolat et l’adaptation à la vie au Canada. Grâce à ces échanges, les participants apprennent les uns des autres, élargissent leurs réseaux sociaux et renforcent leur sentiment d’appartenance.
Tisser des liens entre les générations
Le programme offre également aux jeunes générations la possibilité de s’impliquer. Les jeunes nouveaux arrivants sont invités à faire du bénévolat lors de quatre séances au maximum, à raison de quatre bénévoles par rencontre. En reconnaissance de leur contribution, les bénévoles reçoivent un certificat de reconnaissance signé par le responsable du programme, qu’ils peuvent mentionner sur leur CV comme une précieuse expérience de bénévolat au Canada.
La plupart des bénévoles commencent par aider à préparer et à servir le thé et les collations, en veillant à ce que chaque participant se sente bien accueilli et à l’aise. À mesure que les relations se développent, beaucoup deviennent des compagnons de confiance pour les aînés, les aidant dans leurs tâches quotidiennes, par exemple en les accompagnant à des événements communautaires, à des rendez-vous médicaux, à la banque et à d’autres rendez-vous. Certains assurent également l’interprétation lorsque cela est nécessaire. Ces amitiés débouchent souvent sur d’autres opportunités : les bénévoles peuvent se voir proposer un emploi rémunéré, être recommandés à des amis ou à des membres de la famille des participants pour un emploi et acquérir une précieuse expérience professionnelle au Canada. Parallèlement, les personnes âgées et les nouveaux arrivants apprennent les uns des autres, en échangeant des connaissances, des expériences de vie et des conseils pratiques qui renforcent les liens entre les générations.
Un héritage qui se poursuit
À 81 ans, Afarin continue d’inspirer les autres grâce à son énergie, sa compassion et son engagement envers sa communauté. Bien qu’elle soit retraitée du CCI, elle continue d’animer bénévolement le Programme pour les aînés persanophones du CCI, tout en s’occupant de ses petits-enfants et en soutenant les aînés ainsi que les nouveaux arrivants.
Son histoire nous rappelle que les communautés accueillantes se construisent une relation à la fois, et que la vision d’une seule personne peut avoir un impact durable.
« Peu importe votre âge, vous pouvez toujours faire une différence », affirme-t-elle.
Vous souhaitez orienter un client vers ce programme ou en savoir davantage sur le Programme pour les aînés de langue farsi? Communiquez avec le CCI au 613-232-9634 ou par courriel à info@cciottawa.ca.

