La Ville d’Ottawa continuera à jouer un rôle prépondérant pour la mise en œuvre de la Stratégie pour l’immigration à Ottawa, tout comme pour la fondation du PLIO.  

Steve Desroches
Conseiller municipal et maire suppléant d’Ottawa
Je suis très impressionnée par le niveau d’énergie et l’engagement des intervenants autour de la table et j’ai hâte de prolonger la collaboration entre le PLIO et…

Marcela Tapia
Santé publique d’Ottawa
Les immigrants sont essentiels pour Ottawa. Il est crucial de reconnaître leur contribution à notre vitalité culturelle et économique.

Jessica Brichta
Le Conference Board du Canada
Le Canada a été façonné par des gens venus des quatre coins du monde pour bâtir ce pays. La Semaine d’accueil à Ottawa offre une plateforme aux résidents d’Ottawa…

Alex Munter, président du Conseil du PLIO et président-directeur général du Centre hospitalier pour enfants de l’est de l’Ontario et Centre de traitement pour enfants d’Ottawa.
Le PLIO contribue à regrouper et à partager des ressources limitées en maximisant l’effet d’une approche collective dans le domaine de l’enseignement.

Walter Piovesan
Directeur adjoint en éducation, Ottawa Carleton District School Board
Le Collège Algonquin a vraiment accueilli le monde entier hier! D’Irak, d’Iran, ou de Russie, et bien d’autres pays, nous avons accueilli près de 150 nouveaux arrivants…

Collège Algonquin
Comité organisateur pour la SAO 2014
J’ai été heureuse de voir une programmation relative à l’intégration du territoire algonquin et à la culture autochtone dans le cadre de la SAO 2014. Veuillez…

Linda Manning
Agrégée supérieure, Université d'Ottawa
Notre atelier de la SAO 2014 a contribué de manière considérable à dynamiser l’action sur la question de l’équité en connectant des professionnels qui autrement…

Yumi Kotani
Gestionnaire, Projet Équité d’Ottawa
Historiquement, les immigrants ont toujours joué un rôle important à Ottawa. Ils participent à notre prospérité économique, diversifient notre culture et contribuent…

Jim Watson
Maire d'Ottawa
Le séminaire de la SAO sur la nutrition et la santé des femmes immigrantes était un pas dans la bonne direction pour réduire l’écart entre les chercheurs en milieu…

Joséphine Etowa
Professeure agrégée , École des sciences infirmières, Université d'Ottawa

S’assurer de la réussite des nouveaux arrivants : défis et opportunités. Entretien avec la Dre Valerie Preston

January 11, 2018

Dre Valerie Preston, professeure, Département de géographie, Université York et chercheuse principale, Immigration et résilience en milieu urbain, était l’oratrice invitée lors du 4e Forum bisannuel sur l’immigration d’Ottawa le 20 novembre 2017. Cet entretien revient sur les principales thématiques et le contenu de son discours.

1.  Quels sont certains des principaux défis auxquels font face les nouveaux arrivants au Canada?

Les défis sont toujours vraiment les mêmes, mais je soulignerai trois objectifs qui représentent des défis particuliers. Les nouveaux arrivants sont mis au défi lorsqu’ils doivent trouver un emploi qui correspond à leur expérience afin de soutenir leurs familles.

Les nouveaux arrivants cherchent habituellement un certain niveau d’engagement social, mais nous devons éviter d’être normatifs sur le type d’engagement social qui fonctionne le mieux pour eux.

Nous voulons que les nouveaux arrivants participent dans la communauté et aient un certain sens de l’efficacité.

Nous réalisons maintenant que l’établissement est un processus très compliqué et qu’établir des cibles pour ces trois objectifs est irréaliste. Il n’est pas juste d’être excessivement normatifs envers les nouveaux arrivants et les agences d’établissement auxquelles on donne souvent la responsabilité d’appuyer les nouveaux arrivants dans la réalisation de ces trois objectifs. Par exemple, certaines recherches dans la communauté somalie d’Ottawa ont montré que beaucoup de ces nouveaux arrivants sont satisfaits – du moins à court terme – de se concentrer sur des interactions sociales au sein de leur propre communauté. On a tendance à être très normatifs sur ce sujet, on voudrait que les nouveaux arrivants aient des interactions avec des Canadiens établis, mais cette approche n’est pas nécessairement la meilleure option.

Bien que les défis auxquels font face les nouveaux arrivants demeurent sensiblement les mêmes, notre compréhension envers les différentes façons pour atteindre ces objectifs a changé.

2.   Quelles sont certaines des principales opportunités pour s’assurer de la réussite des nouveaux arrivants?

Nous devons regarder ce qui fonctionne, en parlant avec les nouveaux arrivants qui sont ici depuis un certain temps, le secteur des services d’établissement et les communautés de nouveaux arrivants.

Nous savons que les programmes de transition, de jumelage et de formation, ainsi que le mentorat, peuvent fonctionner. Ces types de programmes doivent être universellement disponibles pour tous les nouveaux arrivants. Ils devraient être offerts avec plus de flexibilité. Par exemple, une fois qu’un immigrant devient citoyen, il n’est plus éligible pour ces types de programmes. Nous avons vu des situations où, par exemple, des immigrantes d’âge moyen pourraient encore bénéficier de ces programmes, mais elles ne sont plus éligibles. Au début de leur arrivé au Canada, elles ont souvent été trop occupées à élever leurs enfants et à travailler et n’ont pas pris avantage des services d’établissement comme la formation linguistique.

Nous avions l’habitude de penser que si nous avions le bon capital humain, l’établissement des immigrants l’établissement des immigrants réussirait, mais ce n’est pas garanti.

Quand on regarde l’expérience des Syriens parrainés par le secteur privé, dont beaucoup avait un emploi à temps partiel, un « emploi de survie », nous ne savons pas encore si cette expérience de travail payera sur le long terme. Ces emplois aident au moins les personnes à sentir qu’elles sont sur la bonne voie pour atteindre leurs objectifs.

Nous devons vraiment prendre en compte chaque opportunité que nous avons quant à la participation au marché du travail pour évaluer ses effets. En aucun cas, je défends les emplois de survie, mais il y a des cas où, peut-être, pour les nouveaux arrivants bien appuyés, ces emplois peuvent être bénéfiques. Il existe des différences subtiles, et nous devons toujours faire attention à ce que les personnes ne soient pas coincées dans des « mauvais emplois », et à ce que, ultimement, elles puissent réussir grâce à un appui de transition.

3.  Quelles sont certaines des tendances émergeantes que vous avez observées dans les migrations internationales et la résilience?

Nous avons observé de plus en plus de flux mixtes, avec des migrants déménageant pour des raisons compliquées. Certains sont déplacés à cause de conflits, d’autres recherchent de meilleures opportunités économiques et beaucoup ont de multiples motifs.

Les politiques d’immigration sont claires et nettes. Quand vous voyez le flux d’Haïtiens qui sont arrivés l’été dernier en traversant illégalement la frontière, vous voyez une nouvelle réalité de migration. Beaucoup de ces Haïtiens sont arrivés aux États-Unis à cause de menaces physiques faisant suite au tremblement de terre de 2010. Ils font partie d’un plus grand groupe de personnes venant de plusieurs pays avec un statut temporaire, qui résident actuellement aux États-Unis, et pour lesquelles, l’administration américaine souhaite mettre fin à leur statut temporaire.

Alors que certaines des conditions qui les ont poussées à partir d’Haïti demeurent et que les choses ne sont pas encore résolues, elles font néanmoins face au risque d’être déportées.

Ce problème de flux mixtes et de raisons compliquées derrière les migrations est en augmentation. Il devient de plus en plus difficile pour les États de gérer ces migrations, comme on l’a vu en Europe en 2016 et ici au Canada en 2017.

Le soutien à l’immigration de la part du public est souvent lié à la capacité d’un pays à contrôler ses frontières. Nous devons étudier la relation entre la capacité de contrôler notre frontière et le soutien du public à l’immigration. Beaucoup pensent que c’est la raison de fort soutien du public au Canada, parce que généralement nous ne connaissons pas des migrations de masse à nos frontières. Mais la réalité c’est que nous avons besoin d’autres arguments plus forts en appui à l’immigration.

Les décideurs politiques et les chercheurs doivent faire attention au fait qu’en termes d’établissement, le capital humain des personnes est souvent un bon indicateur des résultats d’établissement à long terme, mais pas nécessairement un indicateur de la réalité d’année en année. Les migrations et la résilience sont de plus en plus liées. La résilience n’est pas un attribut, mais plutôt un processus pour que les personnes puissent mettre en place les ressources nécessaires quand ils en ont besoin pour surmonter des barrières, et cela dépend du contexte. Nous pourrions remplacer le terme résilience par celui d’ingéniosité.

4.  Qu’est-ce que c’est « l’approche par la résilience »?

Nous commençons par dire que les migrations et l’établissement ont toujours à voir avec des bouleversements, mais nous nous intéressons aux façons dont les institutions peuvent aider les migrants de tous types à atteindre leurs objectifs au travers de ce processus perturbateur. Notre intérêt est d’en apprendre plus sur comment les institutions qui sont traditionnellement impliquées avec les immigrants peuvent les aider à surmonter les barrières inévitables à l’établissement. Nous voulons travailler avec un plus large éventail d’organismes qui desservent les nouveaux arrivants (par exemple, les écoles, etc.). Nous voulons également travailler plus étroitement avec les employeurs et d’autres acteurs du marché du travail. Étant donné qu’il n’y aura surement pas d’augmentation du financement pour les services de l’établissement dans le futur, nous voulons aussi examiner ce qui peut être accompli par les institutions informelles (par exemple des groupes de quartier ou de voisins, des organisations religieuses, etc.).

5.  Au-delà du développement de cette résilience individuelle, comment les partenaires du PLIO peuvent-ils au mieux soutenir des résultats positifs aux niveaux organisationnel et systémique?

D’après la littérature, avant toute chose, les partenaires du PLIO doivent collaborer et renforcer leur engagement les uns avec les autres. S’il y a un historique de collaboration entre divers organismes, alors les nouveaux arrivants peuvent mieux affronter les circonstances. Chaque organisme devrait aussi essayer de s’assurer qu’il a les meilleures pratiques organisationnelles sont en place à l’interne, en termes d’embauche, de promotion de la diversité dans sa propre organisation, etc. ils doivent avoir cette base à partir de laquelle travailler, afin d’être au mieux capable de collaborer les uns avec les autres.

6.  Quelles sont les meilleures façons pour les partenaires du PLIO d’améliorer la capacité du système afin de contribuer positivement à la force et la résilience des migrants alors qu’ils commencent une nouvelle vie à Ottawa?

Je suis impressionnée par le PLIO et par la diversité de ses partenaires, et il est clair qu’ils trouvent que la collaboration du PLIO valent le cout. Le PLIO pourrait s’élargir en incluant plus d’organisations informelles. Ottawa est une communauté différence de Toronto, où c’est vraiment difficile d’amener de nombreux employeurs à s’impliquer, en dehors des plus gros. Le PLIO a cet avantage. 

7.  Quelles sont les tendances les plus significatives en termes d’immigration à Ottawa-Gatineau?

Les immigrants représentent maintenant un quart de la population, un peu plus à Ottawa qu’à Gatineau. Environ la moitié d’entre eux sont des immigrants économiques, ce qui représente une ressource importante dans l’économie métropolitaine et qui mérite l’attention.

Malgré leurs qualifications et leur expérience, un fort pourcentage de nouveaux arrivants sont sont disproportionnés dans la catégorie faible revenu. Ça prend plus longue temps pour les immigrants d’atteindre la parité salariale. Ceci est inquiétant. La contradiction entre les classes d’immigrants s’installant à Ottawa-Gatineau et leurs revenus est inquiétante.

8.  Y a-t-il des solutions spécifiques que les agences d’établissement et de livraison d’autres services devraient adaptées pour répondre à ces tendances locales?

Ce qui me marque le plus dans le cas d’Ottawa c’est le fait qu’étant donné que près de la moitié des immigrants proviennent de la catégorie économique (et sont très bien éduqués et parlent couramment anglais ou français), les programmes de transition devraient être encouragés. Mais nous ne devrions pas oublier que l’autre moitié des immigrants a encore besoin de programmes de formation.

Les agences d’établissement réalisent un superbe travail pour offrir de l’information aux organisations des secteurs public et privé. Ces organisations doivent également entendre ce que les nouveaux arrivants ont à dire quant à leurs expériences en matière de discrimination. Les agences d’établissement doivent reconnaitre et promouvoir des politiques d’antiracisme. Elles peuvent bien faire cela parce qu’elles ont beaucoup d’expérience avec des initiatives d’education et elles savent comment mener des conversations difficiles.

Il existe souvent une réticence à parler du racisme et de la discrimination à l’externe. Nous devons assurer la législation canadienne est appliquée. Nous pouvons aussi jouer un rôle dans la sensibilisation du public à l’expérience des nouveaux arrivants en matière de racisme et de pratiques racistes qui ne peuvent être éliminés qu’au niveau systémique.

Les agences d’établissement savent mieux ce qui peut être fait. Elles ont les histoires et pourraient mettre un visage sur les victimes de racisme. Elles sont les mieux positionnées pour développer les pratiques nécessaires pour éliminer le racisme systémique.

9.  Que pouvons-nous apprendre de la récente réinstallation des réfugiés syriens au Canada? Y a-t-il des exemples précis de collectivités qui ont mis en place des approches innovatrices pour la réinstallation et l’intégration des réfugiés syriens?

C’est vraiment tôt pour affirmer de telles choses, mais il est déjà clair que les agences d’établissement et d’autres agences ont envie d’innover. Les réfugiés syriens nous ont montré que nous pouvions changer les choses. C’est vraiment une histoire remarquable.

Par exemple à Winnipeg, les politiques et programmes du secteur du logement élargis (comme le programme de supplément au loyer) afin d’augmenter l’offre de logements abordables. D’autres provinces ont suspendu des critères d’éligibilité des résidents pour le logement social.

Il y a eu un haut degré de collaboration entre les bailleurs de fonds, les récipiendaires des financements, tous les paliers de gouvernement, et la collaboration a ouvert un espace pour de nouvelles façons de faire les choses et où tout le monde pouvait appuyer ces nouvelles idées. Les ressources financières ont été disponibles, ainsi que les bénévoles, les dons et du soutien du secteur public/privé.

Les parties prenantes ont collaboré de plusieurs façons. En Ontario, les Partenariats locaux d’immigration ont joué un rôle crucial. Au Nouveau-Brunswick, les comités d’urgence ont été cruciaux. Nous devons voir quelles approches ont été les plus efficaces sur la longue durée et permettre les différences régionales.

Nous devons examiner comment les bénévoles ont été utilisés de manière différente et efficace à travers le pays. À Toronto, ils se sont reposés sur des bénévoles pour offrir des programmes de loisirs dans les hôtels. Cette initiative unique a eu lieu grâce à la coopération avec les conseils scolaires.

Nous devrions analyser les différentes formes de dons – en espèces, en meubles, en livraison de services, etc. – ce qui parfois a créé un vrai problème, mais dans d’autres cas ils ont étaient des atouts cruciaux. Il y a eu des cas où des personnes et des organismes ont offert leurs propres camions et d’autres ont fourni des espaces d’entreposage qui étaient très en demande.

Chaque collectivité a fait les choses un peu différemment. À Ottawa, beaucoup de réfugiés syriens ont été regroupés dans des complexes de logement. Nous devrions nous demander si cela est la meilleure façon de faire les choses? Nous devons examiner de près les différentes pratiques.

10.  Comment est-ce que la collaboration entre le monde universitaire et les organismes communautaires peut être facilitée?

Je m’intéresse à des collaborations dynamiques et équitables, où les universitaires et la communauté travaillent ensemble dès le tout début du projet. Une des raisons du succès du PLIO c’est ce partenariat équitable qui répond aux besoins de chacun dès le début. Caroline Andrew de l’Université d’Ottawa travaille pour s’assurer que les intérêts des organismes communautaires, du secteur de l’établissement soient entendus dès le début.

Dans notre partenariat, le gouvernement et les ONG ont étés impliqués dès le début de notre recherche, même pour décider si nous faisons une demande de subvention ou non. Nous essayons de nous assurer que le financement soit partagé de façon équitable entre les deux parties.

Notre objectif est de maintenir un engagement qui reconnaît le domaine d’expertise des participants et leurs compétences, capacités et ressources. Quand nous décidons de commencer une recherche, nous essayons de nous assurer que les partenaires communautaires sont intéressés et impliqués dès le début. C’est crucial.